Polémique : Un président doit-il être cultivé ou non?


Une journaliste française, Raphaëlle Bacqué dans un article publié dans le journal français Le Monde, posait la question :« un président doit-il être cultivé ? »

Tout naturellement cette question soulève en filigrane la question de la conduite des affaires publiques par le premier citoyen. L’auteur n’a pas manqué de donner dans son article des arguments ayant conduit à une telle interrogation et présenter des faits très parlant pour l’étayer. Voici un extrait de sa plume :

« Un jour qu’on lui demandait l’intérêt d’avoir fait venir, un an avant l’élection présidentielle de 2007, Henri Guaino pour écrire ses discours, Nicolas Sarkozy eut cette phrase : « Je suis un immigré sans diplôme. J’ai besoin qu’Henri m’apporte la France de Péguy et de Michelet. » Jusque-là, Nicolas Sarkozy avait cru pouvoir en faire l’économie. « Un homme politique qui ne regarde pas la télé ne peut pas connaître les Français », professait-il. Incarner la « rupture », c’était aussi rompre avec « le catéchisme culturel » partagé, à ses yeux, par les seules élites. Il pressentait pourtant qu’il lui faudrait d’autres références.

Est-il pourtant si nécessaire d’être cultivé pour diriger un pays ? Les Américains n’ont jamais autant que nous réclamé à leurs dirigeants d’être érudits, même si la plupart d’entre eux l’étaient. Et de quelle culture parle-t-on ? En France, la connaissance de l’histoire et de la géographie, les références littéraires sont restées des marqueurs plus puissants qu’ailleurs. Il est rare que l’on interroge un président sur sa maîtrise des langues étrangères, son savoir scientifique, son expérience au-delà des frontières, alors que la mondialisation, les défis écologiques, la crise économique mondiale devraient l’exiger.

… Faut-il y voir seulement une nostalgie pour les présidents lettrés d’autrefois, lorsque les élites politiques françaises se confondaient avec les élites intellectuelles et littéraires ? « Sans doute, mais j’y vois aussi la conviction très française que nous avons une vocation universaliste à parler de culture aux autres civilisations, et que le président doit incarner cette conviction », avance l’ancien ministre de l’éducation Xavier Darcos, lui-même docteur ès lettres et président de l’Institut français. Il formule une autre hypothèse : « Nous sommes l’un des rares pays à avoir une politique culturelle d’Etat. Il n’y a pas de ministre de la culture aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. »

La France fut le pays des écrivains engagés. Les républiques furent celles des professeurs, des médecins humanistes, des journalistes ou des avocats. « Poincaré s’émerveillait de ce que Clemenceau connaissait aussi parfaitement le grec, rappelle l’historien Michel Winock, et dans l’entre-deux-guerres les dirigeants politiques ignoraient assez largement l’économie. La licence de sciences économiques n’existait d’ailleurs pas, mais on débattait avec passion à l’Assemblée de la nécessité ou non de supprimer le latin des épreuves du bachot. »

Les présidents de la Ve République sont longtemps très largement restés de culture classique. De Gaulle s’affirmait comme un passionné d’Histoire autant que comme l’un de ses héros. Mais ses Mémoires sont aussi ceux d’un écrivain et il en désigna un autre, André Malraux, pour être son ministre de la culture. Georges Pompidou était un normalien, amoureux d’art contemporain et de poésie. Elle fut même parfois pour lui un outil politique. Lorsque, le 22 septembre 1969, on l’interrogea dans une conférence de presse sur un fait divers qui avait divisé la France, le suicide de Gabrielle Russier, professeure de 32 ans condamnée pour avoir eu une histoire d’amour avec un élève, il évita le piège des polémiques en se réfugiant derrière ces vers de Paul Eluard : « Comprenne qui voudra. Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés… »

Valéry Giscard d’Estaing possédait une culture plus scientifique, celle des polytechniciens, mais regrettait ouvertement de ne pas écrire comme Maupassant. Quant à François Mitterrand… « Il avait fait de l’Histoire, de la géographie et de la littérature l’une de ses clés de compréhension des peuples, rapporte encore Erik Orsenna. Je me souviens de l’avoir entendu évoquer la question yougoslave à travers la lecture du Pont sur la Drina, de l’écrivain croate Ivo Andric. Sur la Russie ? Voilà que surgissait Guerre et Paix. Et ces discussions inouïes qu’il a eues sur l’Allemagne avec l’écrivain Michel Tournier ! »

Même Jacques Chirac, qui avait longtemps joué les incultes, comprit pour sa troisième tentative à l’élection présidentielle qu’avouer sa passion et afficher son érudition – réelle – pour les civilisations asiatiques (qu’il découvrit jeune en arpentant le Musée Guimet), notamment chinoise et japonaise, ne l’éloignerait aucunement de ce peuple français qu’il aspirait à gouverner. Et, du reste, les présidents, lors de leur mandat, ont souvent laissé un bâtiment en lien avec leur dada culturel : Beaubourg pour Pompidou, le Musée d’Orsay pour Giscard d’Estaing, la Bibliothèque nationale de France pour Mitterrand, le Musée du quai Branly pour Jacques Chirac. »

Intéressant n’est ce pas ? Un président, ça doit être cultivé on est tenté de dire. Mais quid de ces présidents cultivé, à souhait, et qui mènent leur pays, qui mènent le monde comme s’ils étaient aussi borné que l’homme du cromayon ? Ils ne savent pas le prix du pays, ils ne savent rien de la souffrance des autres et pourtant la main levée ils avaient juré servir. Au finish, je pense qu’un président, ça doit être un « vrai leader » tout court.

 

 

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