Interview : Pierre TCHINABI « Si Internet n’avait pas existé, il fallait qu’on le crée »


Le 20 août dernier, a eu lieu au quartier Pitoaré une cémonie d’ouverture d’un complexe informatique doté d’un cyber espace. Le concept inauguré par le Maire de la Commune d’arrondissement de Maroua 1er, qu’accompagnait le chef de quartier et plusieurs invités a été placé sous le label fort interpellateur « Joindre l’utile à l’agréable ». Pour le promoteur, il s’agit d’accompagner d’une manière très particulière l’avènement de l’Université de Maroua, question de répondre aux multiples sollicitations des chercheurs, étudiants, élèves, et autres fonctionnaires.

Quels sont les services proposés par le complexe dont vous êtes le promoteur ?

Tout d’abord, je tiens à remercier le jeune site d’information locale, Nord-Cameroun infos, pour les multiples services d’information et de communication qu’ils proposent au monde entier. Le complexe flambant neuf qui vient d’ouvrir ses portes à Pitoaré-Maroua offre aux enseignants-chercheurs, étudiants, élèves, fonctionnaires, etc., des services de qualité à travers l’outil Internet à haut débit qui fonctionne tous les jours ainsi qu’un secrétariat pour les services courants, et la vente des consommables informatiques et bureautiques.

En tant qu’enseignant-chercheur à l’Université de Maroua, quelles sont les raisons qui vous ont conduit à la réalisation d’un tel projet ?

Depuis l’avènement de l’Université de Maroua qui a été créée sans qu’il puisse avoir au préalable des infrastructures adéquates de fonctionnement à la dimension d’autres universités, j’ai, en association avec d’autres jeunes, essayé de voir comment contribuer efficacement à l’éclosion de la jeune Université que nous sommes entrain d’écrire les lignes de noblesse. Nous sommes rapidement tombés sur un point : la création d’un Complexe Informatique qui renfermerait un cybercafé et un secrétariat pour aider les étudiants parsemés dans la ville de Maroua qui ont du mal à mener les recherches virtuelles à pouvoir le faire aisément.

On devrait donc s’attendre à d’autres réalisations !

Evidemment. Nous sommes entrain de réfléchir sur la possibilité de pouvoir étendre cette activité dans d’autres quartiers à l’instar de Ouro-Tchédé, Djarengol, Makabaye, Palar, pour être plus prêts des étudiants et de la population qui a besoin de s’ouvrir au monde !

Parlons un peu de la jeunesse camerounaise, celle de Maroua en particulier, pensez-vous qu’elle utilise pleinement et à bon escient Internet !

De prime abord, non ! L’histoire d’Internet à Maroua ne date pas de très longtemps. Quand j’ai été recruté comme enseignant à l’ENS de Maroua, il y a deux ans, toute la ville de Maroua ne disposait pas de plus de dix Cyber café. Avec la création de l’UMa et la venue de milliers d’étudiants, j’avoue que depuis lors, le cyber café doté de plus de dix ordinateurs avec écrans plats, manque de place pour accueillir les nombreux jeunes qui déferlent.

A votre avis, est-ce que toutes les opportunités sont saisies par cette jeunesse là?

Pas tout à fait. Tous les jeunes ne maîtrisent pas parfaitement les rouages du Net. Ils ne s’attèlent qu’à l’essentiel : recherches, mails, jeux, etc. Le personnel du Complexe est très sollicité pour les aider à surfer. Beaucoup de sites ne sont pas maîtrisés par eux.

Pour vous qui êtes chercheur, puisque vous préparez une thèse en Philosophie morale et politique, quelle place accorder à Internet dans la quête du savoir ?

Bonne question. Internet est un outil on ne peut plus incontournable pour le chercheur d’aujourd’hui. A partir de Maroua, je suis en mesure de faire des recherches virtuelles nécessaires pour ma thèse, d’envoyer le fruit de mes recherches à mon directeur, d’échanger avec lui, de commander des livres de l’étranger, de rencontrer d’autres chercheurs pour enrichir les connaissances, de consulter les bibliothèques d’autres universités de part le monde, etc. Quelle aubaine ! Si Internet n’avait pas existé, il fallait qu’on le crée. C’est tout dit.

Est-ce que l’explosion des media sociaux, je parle de facebook, twitter, myspace, youtube, ne déroutent pas les jeunes du vaste savoir contenu sur le reste du Net !

L’impression que j’ai eue est que les jeunes tendent de plus en plus à se livrer à la distraction qu’à la recherche. Ils n’hésitent pas à se lancer dans des activités peu « orthodoxes ». En tant qu’enseignant, en initiant ce complexe, l’objectif est de contribuer au processus éducatif de la jeunesse camerounaise en mettant en place une stratégie pour contourner ces genres de déviances. D’ailleurs, nous avons refusé délibérément de fabriquer des box (comme cela existe partout dans les cybers) pour isoler le surfeur et l’aider à rentrer dans des sites qui ne l’édifient pas. Ainsi, chaque surfeur qui ouvre des sites déroutants s’expose à des critiques d’autres surfeurs ! Également, j’ai délibérément refusé de mettre à la disposition des visiteurs des Webcam pour éviter d’exposer les parties essentielles comme cela se passe un peu partout dans les cybercafés.

Propos recueillis par Bruno Patchoaké

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