Interview : SANDA HAMAN, fondateur et directeur du cabinet social de Maroua.


Responsable de l‘aire de santé de Pitouaré et Djarengol, deux quartiers de Maroua, l’homme revient sur les raisons qui l’ont poussé à créer le Cabinet social qu’il dirige depuis plus d’une décennie et parle aussi de la lutte contre le choléra dans la ville. Actualité oblige!

 

Dans votre aire de santé, l’on n’a pas enregistré des cas de maladie de choléra. À quoi vous attribuer cela?
Au travail d’alerte et de sensibilisation que nous avons mené. J’ai sillonné le quartier, j’ai obligé les gens à respecter les règles les plus élémentaires d’hygiène. Je faisais mettre du chlore ou j’exigeais qu’ils mettent des gouttes d’eau de javel sur les points les plus sensibles des habitations. Au petit marché de Pitouaré, c’est ce que nous avons fais. Allez le leur demander!
Il y quand même eu ce client qui a fait la maladie dans un hôtel à Pitouaré!
C’est vrai, j’ai été appelé au chevet de ce malade. Les sapeurs pompiers voulaient l’amener dans mon cabinet social. J’ai demandé plutôt qu’on le laisse dans sa chambre d’hôtel afin qu’on réduise les risques de propagation. Sous ma diligence, nous avons prit soins du malade, en lui expliquant que c’est la maladie que nous avons isolé en décidant de ne pas l’accueillir dans une formation sanitaire. Il a été très compréhensif et ainsi nous avons pu le soigner sans problème. Aussi, nous avons fait désinfecter l’ensemble de l’établissement hôtelier. La gestion de ce cas nous a valu des félicitations de la part du sous préfet et du chef de district de santé. Vous savez dans ces choses, quand il y a un cas de maladie, c’est déjà l’épidémie qui est déclarée. Et au sein de la population ça créée la peur. Nous avons pu contenir la maladie. C’est une victoire.
On se demande bien où et comment il a pu l’attraper?
Il était rendre condoléances à des parents à Doualaré. Et avec les salutations et …. c’est ainsi qu’il a pu être contaminé.
Et quelle appréciation pouvez-vous faire de la stratégie de lutte contre le choléra menée à l’autre bout de la ville, à Doualaré?
Là-bas à Doualaré, c’est le manque de volonté, si non c’est une petite surface qui pouvait bien être maitrisée. L’on a compté plus de 800 cas, ce n’est pas possible! A l’époque, l’on avait des milliers de cas de malades de choléra, mais jamais on n’enregistrait autant de morts. Je pense que l’effort n’a pas été mené à bout. Si non, on serait à l’abri.
Qu’est-ce qui a fait problème en fait?
D’abord, c’est aussi quand on n’a pas de bon matériel. Ensuite, les gens de la crois rouge sont formés et envoyés sur le terrain, alors que les médecins formés pour ça restent dans les bureaux, juste pour donner des ordres. Ca, c’est propre à créer une situation à risque. L’autre fait, c’est quand vous travailler avec des chercheurs. Ils veulent d’abord observer pour voir si c’est effectivement un cas de choléra ou pas, avant d’agir. Cet attentisme est dangereux. Chez moi, Si des patients viennent se plaindre des symptômes qui se rapprochent à celle de la maladie, je n’hésite pas à leur donner le comprimer adéquat, ça permet de prévenir quoique ce soit. A Doualaré, on aurait pu distribuer ces comprimés à toute la population.
Parlons un peu de votre cabinet, qu’est ce qui vous pousse à quitter la fonction publique pour vous lancez en solo?
En fait, j’ai demandé la mise en disponibilité pour pouvoir mener à bout ce projet qui me tenait à cœur. En devenant autonome, je pourrais apporter mon aide plus facilement à la population. Et, l’Etat venait juste de libéraliser le secteur de la santé. J’ai donc introduit une demande d’autorisation en 1997 et une année après, j’ouvrais les portes de mon cabinet.
Plusieurs années après, quels sentiments vous éprouvez?
Moi, j’ai pris cet engagement comme une vocation. Je suis là beaucoup plus pour aider et non pour m’enrichir. La population que je reçois est pauvre mais il y a du plaisir à voir des gens qui retrouve espoirs après que la maladie les ont secoué. Ils sont reconnaissants à ce qu’on fait pour eux. D’ailleurs il y en a qui n’hésite pas à apporter des céréales, des poulets et du bois de chauffe pour payer leurs soins. Pour la petite histoire, j’ai été fait chef d’un village juste à cause de mon engagement.
Recueillis par Bruno Patchoaké

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