Economie : Restauration : la bonne recette du business


Des secteurs qui se développent le mieux à Ngaoundéré, celui de la restauration est de loin l’un des plus pourvoyeur en termes d’investissements.  Jadis peu modernisée, le secteur de la restauration se veut des plus futuristes. Désormais, les opérateurs s’y prennent à rêver gros, très gros même.  Si les rêves sont aujourd’hui permis, c’est sans doute en raison, une fois encore, du caractère ville-carrefour de Ngaoundéré qui a près de 300.000 habitants. A ceux-ci s’ajoutent surtout les milliers de voyageurs qui transitent chaque jour par ici. Etudiants, hommes d’affaires et autres transporteurs sont quasiment obligés de faire une halte avant de reprendre le chemin. En 2009 seulement, nous indique-t-on à la délégation régionale du tourisme pour l’Adamaoua, Ngaoundéré à elle seule a enregistré 33.905 nuitées, « preuve que des visites, il y’en a chaque jour, même si ces étrangers ne mangent pas toujours dans les restaurants », nous indique-t-on ici. Ces raisons ont permis, depuis les premières années de la défunte REGIFERCAM, de créer quelques « tourne-dos », comme l’appellent avec nostalgie les habitués de ces petits coins moins huppés de la ville.

Mais aujourd’hui les choses semblent bien avoir changé. Si les restaurants tels Plazza, et celui de l’hôtel Transcam ont fait leur nom dans la ville il y’a plusieurs années, c’est sans doute parce qu’eux seuls se ramassaient alors les VIP qui faisaient un détour par cette ville. Aujourd’hui, 18 établissements de restauration sont officiellement déclarés auprès de la délégation régionale du tourisme. Des établissements qui sont classés en deux catégories : non-classés et classés. Cette dernière catégorie regroupe essentiellement des établissements d’une fourchette, l’équivalent d’une étoile pour les établissements hôteliers.

A l’heure actuelle, trois restaurants se partagent la part du lion du marché de Ngaoundéré : les restaurant Plazza, appartenant au libanais Fouad Dabbadji ; Coffee Shop, et La Concorde détenu par Abdoul-Karim, un jeune opérateur d’une trentaine d’année, qui a également compris l’enjeu que représente ce marché. « Tant qu’il y’a des gens, ces gens là doivent manger », lance ce nouvel homme d’affaires, dont le sourire cache mal la réussite qu’il a su tiré du business de la restauration. C’est qu’aujourd’hui, son restaurant, La Concorde est la tendance du moment dans la ville. Situé en plein centre commercial, nous nous y rendons, en client ordinaire, question de juger par nous même. A 12 heures, c’est le comble. Les places se discutent presque. Les commandes fusent de toutes parts, et les serveurs n’en finissent pas de faire la course entre les chaises. Ainsi, en une seule journée, ce ne sont pas moins de 300 plats qui sont posés sur les tables de ce restaurant, sans compter la cinquantaine de poulets braisés qui y passent quasiment tous les jours. Si Abdoul-Karim se refuse à tout commentaire au sujet des chiffres déclarés au fisc, ce n’est en tout cas pas moins de 600.000 à 700.000 Fcfa de chiffre d’affaire qui est enregistré ici par jour. Les fonctionnaires et hommes d’affaires de tout acabit s’y sont comme donnés rendez-vous. D’où vient cette réussite, et comment ce petit établissement non-classé a réussit à se faire tant de beurre ?

Créé en 1998, La Concorde n’était alors qu’un petit coin où petits vendeurs et autres personnes moins aisées prenaient leur café le matin. Le petit coin semblait alors voué à disparaitre, comme bien de petits cafés traditionnels de cette trempe, jusqu’à ce qu’Abdoul-Karim ne décide d’y investir un peu plus en agrandissant le restaurant. Le café anodin a été alors agrandi, même si jusqu’ici il n’est fait que de matériel provisoire. Mais, ce qui va changer, c’est davantage la qualité de service qui va changer. Ici, pas de pub, c’est le bouche à oreille qui va finalement drainer du monde. Aucun restaurant ne peut rivaliser dans le rapport qualité-prix, car ici, le plat le plus cher n’excède pas les 1500 Fcfa ! Une recette déjà suffisante pour garder le maximum de monde et en permanence.

Service traiteur

C’est la nouvelle trouvaille des opérateurs du secteur de la restauration. Avec l’aide précieuse des élèves sortis tout droit des arcanes de l’Ecole d’Hôtellerie et de Tourisme de la Cemac, la tendance est à proposer des marchés, dont l’objet est d’assurer la restauration dans les mariages et autres séminaires. Si les propositions sont tentantes, elles ne sont pas moins couteuses : 10.000 Fcfa environs par couvert, soit deux millions de nos francs à dépenser pour 200 invités. Les tarifs peuvent cependant être revus à la baisse, selon les négociations. Plusieurs entreprises se sont ainsi lancées dans ce marché porteur qui, de toute évidence, a encore de très beaux jours devant lui.

                                                                                                                                                                    David Wanedam

Les « tourne-dos» font de la résistance

Il est 19 heures. Au quartier Bali, dans un petit coin situé non loin du principal carrefour du quartier, un petit restaurant semble attirer du monde. A l’entrée, une dizaine de moto-taxis indiquent qu’ici, c’est la classe ouvrière qui y a installé son règne.  Avant même d’y entrer, quelques bouilloires pleines d’eau attendent le client qui doit se laver les mains. A l’intérieur, l’accueil est des plus simplistes, dans la stricte tradition peule. La quasi-totalité des clients sont assis sur une grande, par groupe de deux, trois ou quatre, ou même en solo, au point où cette solidarité fait oublier qu’il y’a dans cette salle exigüe deux petites tables qui attendent désespérément des clients qui choisiraient encore de manger à l’européenne. Le menu est pratiquement le même : gombo, foléré, Tasba, gouboudo, lalo, … toujours accompagné d’une belle boule de couscous. Ici, pas de bon appétit, mais simplement une belle chaleur qui se dégage des nombreux travailleurs qui se donnent rendez-vous ici quasiment chaque soir. Avec 300 Fcfa seulement, le client peut se gaver d’un de ces plats du menu, accompagné d’un bol de bouillie. Dans l’antichambre, Hadjaralia, la cuisinière s’affaire à tourner à nouveau le couscous dans une grosse marmite. Entre transpirations sous l’effet de la chaleur de la cuisine et divers commentaires sur cette journée avec les clients, c’est jusqu’aux encablures de 22 heures que cette nouvelle famille va se séparer.

Si les gros établissements de restauration aspirent de plus en plus de clients qui se veulent aussi modernes que possible, il reste que les petites gargotes sont encore plus nombreuses  dans la ville de Ngaoundéré. Historiquement plus nombreux, et gardiens des traditions, les tournes-dos ne se comptent plus dans la ville, et ce depuis bien des décennies.  C’est sans doute en raison de cette chaleur que l’on ne retrouve pas dans les grands restaurants que les tournes-dos gardent toute leur noblesse. Une noblesse propre à la masse populaire, mais davantage pour ceux qui, tout en maintenant leur recettes traditionnelles, dépensent moins que dans un restaurant, même de bas standing. Surtout qu’ici, tout est fait selon les traditions. Ces types d’affaires appartiennent essentiellement à des femmes ou des groupes de femmes qui peuvent se faire du beurre grâce à ce travail. Comme Hadjaralia et ses deux amies avec qui elle tient ce petit restaurant, on peut compter une cinquantaine de tournes-dos similaires dans la ville de Ngaoundéré. Et comme elles nous le confient, les affaires sont plutôt bonnes. « On gagne environs 10.000 à 15.000 par jour, parfois plus, ça dépend des jours. Nous sommes habitués avec la plupart de nos clients qui prennent même souvent à crédit parce que la vie est devenue très dur», indiquent-t-elle. C’est donc logiquement que ces petits coins maintiennent leur côte, malgré la concurrence rude qui les voue à une disparition presque programmée.

David Wanedam

 

Réactions

Alim Garga, délégué régional du tourisme pour l’Adamaoua

« Ngaoundéré est une ville aux énormes potentialités. C’est pour cela que nous encourageons de plus en plus les opérateurs économique à investir dans des secteurs comme la restauration. Nous avons organisé un séminaire en 2007 pour leur indiquer la nécessité qu’il y’a à moderniser également ce secteur là. Le problème, c’est que nous avons découvert de nombreux établissement clandestins, et croyez-moi nous allons les obliger à se conformer à la loi, dans leur propre intérêt ».

Abdoul-Karim, propriétaire de restaurant

« C’est vrai que le ministère du tourisme a du mal à nous classer, parce que nous ne remplissons pas quelques conditions fondamentales. Pour l’heure, nous faisons de notre mieux pour construire de nouveaux locaux, plus durables, plus sûrs. Notre objectif, c’est de moderniser nos établissements, pour qu’ils soient recommandés au ministère, et qu’on aient davantage de client ».

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s