Interview: BOUKAR TIKRE, lamido de Makalingaye« Diriger toute une population, n’est pas chose facile »


Pouvez-vous nous faire une brève présentation de votre canton ?

Cette chefferie que j’ai la chance de conduire est limité à l’Est par le canton de Dogba, Mémé et Petté, à l’ouest par le canton de Doulek, au Sud par le canton de Tchéré et au Nord par le canton de Mémé. Cette chefferie existait depuis fort longtemps et compte 123 chefferies de 3e degré. Plusieurs ethnies cohabitent en parfaite harmonie notamment : les Mandara, les Mouyang, les Mafa, les Foulbé, les Zoulgo, les Guemzèg et les Guiziga. Cette population vit de l’élevage, du petit commerce, de l’agriculture. A ma connaissance et depuis que je suis là, il n’y a pas de problème entre elles. Certes, il y a quelques litiges mais nous arrivons à résoudre les résoudre de manière paisible et familiale. Dans ma chefferie et comme dans d’autres chefferies de la région du Grand-Nord, le lamidat est bien organisé. A sa tête le lamido, suivi immédiatement des notables qui sont classés par catégorie. Mais en absence du chef, le premier notable assure l’intérim. Il s’agit du nommé Waziri. Il joue  le courant de transmission entre le chef, les notables et les différents villages. Ainsi dans ma cour, j’ai 15 notables et quelques  marabouts. Il faut noter que le tribunal coutumier fait parti aussi de la compétence du chef, car, je suis le président et assisté des accesseurs.

Quelles sont les affaires courantes délibérées par votre tribunal ?

Vous savez qu’avant de prêter serment, les autorités judiciaires  nous dictent d’abord les directives et la conduite à tenir. Les problèmes que nous pouvons résoudre à notre niveau se situent au niveau du mariage, des champs, des divorce lorsque les conjoints sont un mariage coutumier  et des problèmes de dettes. En ce qui me concerne, je remercie mes parents qui m’ont amené à l’école  et aujourd’hui, je lis et écris. A chaque situation, je me réfère aux textes et j’applique à la lettre. Cela me permet de connaître mes droits et celles des autres. Le chef n’est pas habilité à trancher une affaire liée au vol, aux agressions et autres infractions très graves. Nous les envoyons à la brigade de gendarmerie ou dans un poste de police s’il y en a dans la localité.

Avez-vous une cellule dans votre chefferie ?

Absolument pas. Puisque nous n’avons pas la compétence de garder quelqu’un. Et à quoi bon d’avoir une cellule au lamidat. D’ailleurs, dès qu’on a un cas plus grave, on se réfère immédiatement aux forces de l’ordre. Vous venez de constater que les villageois on amené un voleur. J’ai appelé la brigade de gendarmerie qui est venue le chercher.

Est-ce facile de coopérer avec les populations ?

Les difficultés sont énormes mais nous faisons avec. Vous conviendrez  avec moi que diriger toute une population, n’est pas chose facile. Amener quelqu’un à accepter quelque chose, c’est vraiment difficile. Pour n’importe quel problème, les gens viennent toujours vers le chef. Je dois descendre sur les lieux, chercher à convaincre des gens … Du coté finance, n’en parlons pas, puisque les chefs n’ont rien. Or, avant, les gens pensaient au chef mais maintenant, les gens confondent la démocratie et la tradition si bien que personne ne respecte le chef.

Ça veut dire que vos administrés ne paient pas leur dîme ?

Affirmatif ! Les gens ont oubliés les bonnes habitudes.

Peut-on avoir une idée du salaire d’un chef de votre catégorie ?

C’est difficile de vous dire que les chefs ont un salaire. Car, ce qu’on nous donne n’arrive pas à payer les beignets. Puisque ces salaires varient entre 8.000, 12000, 24.000 francs. Le secrétaire d’état civil dépasse le chef puisqu’il est un agent communal. Alors il touche plus que son chef traditionnel.

Certains chefs sont parfois complices avec des malfrats. Quel est votre avis ?

Je suis surpris que les noms de certains chefs circulent dans nos villes. Et je peux vous avouer que dans le Mayo-Sava, ces genres de soupçon n’ont pas pesé sur un quelconque chef traditionnel. Car, on se conseille mutuellement autour de notre association des chefs traditionnels de notre localité. Et même dans d’autres coins de notre région, je ne crois pas. Je voudrais aussi vous dire que ne croyez pas rapidement à cette déclaration puisque quand, il y a un problème, on rejette toujours sur les chefs. Et on se dit que le chef peut être au courant sinon comment telle ou telle chose peut se passer dans son ressort de compétence.

Quelles sont les stratégies que vous avez mises en place pour éradiquer le phénomène de coupeurs de route ?

Je dois remercier Dieu puisque nous n’avons pas connu ces genres de problème dans notre canton. D’abord, j’avoue que le rôle d’un chef, c’est de se renseigner, de mettre un comité de vigilance, sensibiliser les populations de façon à ce que quand un étranger arrive au village, il faudrait qu’on sache d’où il vient, chez qui il dort, il a quel relation avec ses hôtes, qu’est-il venu faire. Le chef doit avoir tous ces renseignements. Et ce travail ne peut être effectif qu’ave la collaboration des populations et des autres chefs de 3e degré. Cette collaboration est à mon avis est efficace puisqu’il nous arrive de mettre la main sur les petits voleurs de bétails. Au regard de tout ce qui précède, il faudrait que les forces de maintien de l’ordre continuent à nous appuyer et même la mairie avec des torches et autres matériels. Je crois que l’ennemie ne peut pas venir arracher nos biens ici dans mon canton.

Quel est le rêve de sa majesté en ce temps de la décentralisation…

La décentralisation est la bienvenue dans notre pays. Puisque les chefs traditionnels sont impliqués et auront un mot  à dire. Et ils auront leur représentant. Le moment venu, nous allons soutenir ceux qui vont chercher à trouver une place soit dans le conseil régional  ou  ailleurs. Mais pour le moment, mon rêve est que mon canton bénéficie des infrastructures sanitaires, scolaires et routières pour que le développement de mon canton soit amélioré.

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