Initiation au rite du labana : les évêques du Grand Nord disent un « non catégorique »


la tradition à la croisée des chemins

Pour la deuxième année consécutive, les initiés labana ont fait parler d’eux dans les localités du Mayo Danay et dans une partie du Mayo kani. Les écoles et lycées ont vu les classes se vider parce que les élèves ont été envoyés à l’initiation. Au sortir de ce rite qui caractérise le passage de l’enfance à l’homme accompli, l’adaptation n’a pas été facile. Pour les initiés, les non initiés étaient vus comme des sous hommes (pour ne pas dire des femmes), ce qui a conduit très souvent a des actes de brutalité sur les autres populations rencontrées sur leurs chemins. A Yagoua, un pasteur d’Eglise, avait affirmé qu’un individu aurait sombré dans le coma de suite de bastonnade. D’autres personnes auraient perdus poulets, canards et même des chèvres arrachés par les initiés. Fort de la chronique que ce phénomène a défrayé il y a peu (mois de février, mars, avril et mai) dans les régions concernées, les religieux, notamment le clergé catholique a pris sa position sur le sujet à travers une déclaration commune faite le 31 mars 2010. Voici l’intégralité du document avec des intertitres introduites par la rédaction.

1. Nous évêques de la province ecclésiastique de Garoua, réunis en Assemblée les 30 et 31 mars 2010 à Ngaoundéré, voulons apporter quelques clarifications pastorales au sujet de l’initiation traditionnelle pratiquée chez certains peuples de nos diocèses. En effet, nous avons constaté que même si le phénomène semble se poser avec plus d’acuité dans certains de nos diocèses, il ressort tout de même si le phénomène que les candidats sollicités pour l’initiation sont recrutés un peu partout à travers les régions septentrionales du pays et envoyés vers les foyers d’initiation. A la suite des prises de position pastorales faites par certains d’entre nous dans leur diocèse et par le presbyterium de Yagoua, nous voulons tous ensemble, pour le bien du peuple de Dieu qui nous est confié, unir nos voix pour dire un non catégorique à l’initiation traditionnelle telle qu’elle est pratiquée actuellement, à cause de son incompatibilité avec la foi chrétienne.

Des objectifs louables…

2. Depuis des siècles, des sociétés traditionnelles ont institué l’initiation comme méthode d’éducation pour la formation de la personnalité du jeune garçon. Ce fut le cadre dans lequel l’on apprenait aux jeunes l’on apprenait aux jeunes garçons en particulier, la vision traditionnelle du monde et ses valeurs de hiérarchie sociale, d’obéissance et de respect dû aux ainés, de solidarité, d’honnêteté, d’organisation du foyer conjugal et de la famille, de gestion des secrets confiés et de fierté de son identité cultuelle. C’est ainsi que l’initiation était pour les garçons une grande école d’intégration à la vie. Toutefois, si les objectifs visés par l’initiation sont appréciables, nous nous voyons obligés de déclarer que les méthodes actuellement employées pour les atteindre portent gravement atteinte à la dignité des personnes et sont donc en contradiction manifeste avec les vérités et la pratique de la foi chrétienne.

Mais le ver est entré dans ….

L’on se rappelle que, pour des raisons politico-administratives, l’initiation avait été interdite dans certaines localités de la partie septentrionale du pays avant sa résurgence il y a deux ans.

3. Nous constatons avec regret que l’initiation traditionnelle se passe aujourd’hui en violation des droits de l’homme, et principalement des droits des enfants. Ces derniers sont en effet retirés des écoles et des établissements en pleine année scolaire et envoyés dans les foyers d’initiation. Ils sont ainsi obligés d’interrompre leur momentanément leurs études. Cette situation accentue la sous scolarisation dont souffre déjà l’ensemble des trois régions administratives du Nord-Cameroun. Pourtant la convention internationale des droits de l’enfant de l’ONU publié en 1989 rappelle avec insistance l’urgence de respecter les droits élémentaires de l’enfant. En son article 3, cette convention stipule que : « dans toutes les décisions concernant les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

4. Au cours de l’initiation, les candidats sont soumis à des conditions de vie infra humaines qui violent la dignité des personnes ; pire encore, il y a des enfants qui disparaissent. Nous voulons aussi souligner les comportements à risque tel l’alcoolisme auxquels sont exposés les enfants qui prennent part à l’initiation. Certaines pratiques entretenues lors de l’initiation traditionnelle constituent des menacent graves à l’ordre public. En effet, pendant l’initiation, les non initiés sont traités comme des sous hommes et parfois menacés de tortures physiques lorsqu’on les rencontre sur le chemin. Les femmes deviennent objet de mépris en raison de leur sexe. Le principe de convivialité et d’acceptation des différences, si important pour l’unité nationale camerounaise, ne saurait tolérer que quelques citoyens, sous prétexte d’être initiés, frustrent et brutalisent leurs concitoyens qu’ils taxent de non initiés.

En contradiction avec…

5. Tout cela manifeste de manière claire l’incompatibilité des pratiques actuelles de l’initiation traditionnelle avec la foi chrétienne et en particulier avec le commandement de l’amour du prochain. En effet, le chrétien devient fidèle du christ par l’initiation au mystère et à la vie du christ le seul sauveur. C’est pour cette raison que le baptême, la confirmation et l’eucharistie qui introduisent le fidèle dans la communauté chrétienne sont appelés sacrements de l’initiation. Il convient alors de rappeler avec force qu’il n’existe aucune initiation humaine qui soit au dessus de celle de Dieu. En plus, les sacrifices offerts aux esprits impurs à qui l’on se confie lors de l’initiation traditionnelle représente une contradiction grave avec les commandements du décalogue qui mentionnent avec force la foi exclusive en Dieu (Ex20, 2-3.5-6).

6. c’est pourquoi cher fils et filles des régions septentrionales du Cameroun, nous vos pasteurs, nous vous demandons de ne pas participer d’aucune manière et sous aucune forme à l’initiation traditionnelle telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. Dans le mouvement d’inculturation entrepris par les églises d’Afrique, au cas où l’opportunité de l’initiation serait à considérer, des études sérieuses devraient être menées par des théologiens et d’autres personnes compétentes en vue d’en purifier les pratiques dans l’esprit de l’évangile. Nous vous confions à la protection du Ressuscité qui, comme avec les disciples d’Emmaüs, nous rejoint sur les chemins de notre vie et nous explique le vrai sens des évènements de notre vie

Signés :

Mgr Antoine NTALOU, Archevêque de Garoua

Mgr Joseph Djida, Evêque de Ngaoundéré

Mgr Philppe STEVENS, Evêque de Maroua-Mokolo

Mgr Barthélémy YAOUDA, Evêque de Yagoua

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