Jean Ndoumbe Oumar A la découverte du tout premier maire camerounais du Grand Nord


Teint ébène, taille moyenne, physique agréable, yeux pétillants, c’est ainsi que l’on d écrivait Jean Ndoumbe Oumar. Le tout premier maire de la commune urbaine de Moyen Exercice de Ngaoundéré est un homme dont la renommée a traversé les frontières du pays. Très apprécié de l’administration française, il l’était surtout pour ses compatriotes de la ville de Ngaoundéré. Ndoumbe Oumar fut l’un des quatre premiers maires nationaux à être élus le 18 novembre1958 (les autres sont André Fouda à Yaoundé, Daniel Kemadjou à Nkongsamba et Rodolphe Tokoto à Douala).

Destin singulier que celui de ce fils de Mboum, une ethnie instalée à Ngaoundéré avant l’arrivée des Peuls. Fils d’un soldat de l’armée allemenade, Ndoumbe Oumar serait né à Bamenda vers 1911. C’est du moins l’avis de sa sœur Aïssatou Adama, car pour d’aucuns il est né à Fernando Pö ou à Douala vers la même période. Sa mère était originaire des grassfields où Sadjo son père avait travaillé quelques années. C’est là qu’il aurait fait service avec un certain Ndoumbe, ami fidèle à qui il rendra hommage en donnant son nom à son premier fils. Certains prétendent que c’est en raison de l’admiration qu’avait Sadjo pour Ndoumbé Douala Manga Bell qui pousssa ce dernier a donner ce nom à son fils. Après le départ des Allemands, le père de Jean Ndoumbe réside à Douala jusqu’à sa mort.

Dès leur retour à Ngaoundéré, Jean Ndoumbe et son frère Haman son inscrits dans la première promotion de l’Ecole Française de Tizon, à une vingtaine de kilomètres de la ville. Jean Ndoumbe et son frère aîné connaîtront des années difficiles. Mais c’est pourtant de là que sortira le futur maire, nanti d’un CEPE. En 1933, il est affecté dans la ville de Yoko en qualité d’écrivain-interprète. Pendant la deuxième guerre mondiale, Jean Ndoumbe proposa au chef de région de l’Adamaoua de passage à son poste, de rejoindre Ngaoundéré, où vivaient son frère et sa sœur. En 1941, son souhait est exhaussé. Au début des années 50, il est nommé commis administratif des services civils et financiers à la subdivision de Ngaoundéré. En 1955, il est promu adjoint au chef de subdivision de Meiganga, unité de commandement créé en 1929 à a suite de la révolte Gbaya contre l’autorité du Lamido de Ngaoundéré.

Très tôt, au cours de ses multiples affectations, Jean Ndoumbe se créer des relations dans toutes les franges de la population. L’une des méthodes utilisées par ce dernier pour capitaliser des relations au sein de la haute classe, majoritairement peule, est d’épouser une fille. C’est la raison pour laquelle il s’islamiser d’ailleurs, et c’est de là qu’il prit le nom Oumar.

Si à la surprise générale il est nommé maire de la Commune Urbaine de Moyen Exercice de Ngaoundéré, cela n’était pas le cas de son prédécesseur, l’administrateur-maire Raymond Crus, à la tête de la municipalité depuis Juin 1953, date de la création de la commune urbaine de Ngaoundéré. Pour les Mboum, cadets sociaux, supplantés par les Foulbés qui son arrivés bien après eux, cette nomination est une reconnaissance de la prédominance de leur peuple. Pour l’opinion générale par contre, c’est la preuve qu’à l’heure où la domination coloniale est à son crépuscule, les camerounais peuvent prendre en main leur propre organisation.

Pour le concerné, il se veut l’incarnation d’un équilibre des principales forces en présence à Ngaoundéré. Dans son discours d’investiture le 7 décembre 1958, encore disponible dans les archives de l’ex-commune urbaine de Ngaoundéré, « il n’est pas possible de tolérer en notre sein une quelconque discrimination ; au conseil municipal de Ngaoundéré, il n’y a que des conseillers (…), Celui de l’intérêt général ; le bien-être des habitants de la commune doit rester l’unique but de l’existence de notre assemblée (…) ».

Son œuvre

Ce discours d’investiture donne le ton des ambitions de Jean Ndoumbe Oumar. Il s’en suivra une série de projets lancés pour l’urbanisation de la ville. Pétri d’expérience accumulée tout au long de son itinéraire professionnel, c’est à la fin de l’ère coloniale que celui-ci a la lourde mission de développer la ville de Ngaoundéré. Lui qui en 1955 avait pris part à la création de l’Association pour le Progrès Social et Economique dans la subdivision de Ngaoundéré (APSEN), savait déjà ce qui l’attendait. Son plus beau rêve : faire de Ngaoundéré une des plus grandes villes de Cameroun, notait-il dans ses carnets. « La ville de Ngaoundéré reste toujours dans un état primitif. La faute est à qui ? A l’administration. Elle devait de gré ou contre gré et une fois pour toutes y tracer des routes, (…), y apporter de l’eau, et chemin faisant, goudronner les routes (…) Non ! Modernisez votre ville », laissait-il entendre. Face à la léthargie coloniale, c’est par l’action que répond Jean Ndoumbe Oumar dès qu’il est nommé maire.

Des emprunts furent effectués auprès de la Caisse Centrale de la France Outre-mer (FOM) pour des travaux d’adduction d’eau à Ngaoundéré à condition que le Cameroun accepte la prise en charge de 75% des 70 millions de francs. S’en suivra l’électrification de la ville. L’homme travailla en faveur du développement des infrastructures sportives, sanitaires et éducatives. Des écoles furent construites dans les quartiers Haoussa, Tongo, Bali et Foulbé. Ngaoundéré lui doit surtout le plan de zoning général de la ville incluant aménagements et lotissements.

Briseur des idées reçues

Lorsque quelques années après son investiture, lors d’une fête officielle, Ndoumbe Oumar s’assieds près du Lamido de Ngaoundéré sans avoir enlevé son chapeau et ses chaussures, c’est la stupeur générale au sein des membres de la cours lamidale. Il venait là de montrer à tous la place des agents de la république. Par ailleurs, il fut le premier à mettre sur pieds une construction à deux niveaux dans la ville. Cette entreprise n’est pas de l’avis de ses très nombreux voisins du quartier Boumdjéré. La communauté musulmane s’offusquait de ce type de maison d’où l’on pouvait observer l’intimité de la vie dans les saré étalés en contrebas.

Mieux encore, le 27 juillet 1961, lorsque devant une foule très nombreuse, il exécuta une décision préfectorale en démolissant le Saré Sarki Yaya, prison de sinistre réputation implanté au quartier Bali. Pendant des siècles, de nombreuses personnes y ont péri.

Le 11 mai 1963, Jean Ndoumbe Oumar succombe à une maladie. A sa mort, Ngaoundéré comprends l’œuvre accomplie en moins de cinq ans par ce fils de Ngaoundéré. Le ministre des forces armées de l’époque Sadou Daoudou le décrivait alors comme « un grand homme dont la disparition laisse un grand vide dans notre département ». 34 ans après son décès, un hommage lui est rendu. En 1997, le stade municipal de Ngaoundéré est baptisé ‘‘stade Ndoumbe Oumar’’. Si aujourd’hui encore ce nom de stade venu d’ailleurs laisse certains perplexes, pour d’aucuns c’est un exemple que laisse Jean Ndoumbe Oumar. Le premier maire noir du Grand Nord Cameroun sera d’ailleurs au menu des cahiers de l’université de Maroua, après que des chercheurs tels Nizesete Bienvenu-Denis et Sojip Michel l’ait fait connaître au monde scientifique.

David Wanedam

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