REPORTAGE. Mbororo : A la frontière de la peur




Plus de 60.000 peuls mbororo ont fui la guerre civile et les exactions en RCA pour trouver refuge dans l’Est camerounais.

Regardez mes mains, elles sont pleines d’ampoules. Je n’ai jamais cultivé quoi que ce soit depuis ma naissance. Je suis berger, et c’est ce que je sais faire. Nous n’avons presque plus rien à manger…”. Jaa’e ne sait plus où mettre la tête. Lui et sa petite famille sont installés non loin de Garoua-Boulaï depuis un an. Ils essaient tant bien que mal de cultiver du manioc, et lorsque l’occasion se présente, ils s’essaient dans le petit commerce. Mais rien ne marche, comme le dit Adda, sa femme qui tient sous les bras le dernier né de la famille, Koyné. Le petit de douze mois pleure sans arrêt. “Je dois aller voir le dofta à Garoua-Boulaï”, explique-t-elle.


Comme cette petite famille, ils sont environs 60.000 peuls mbororo à trouver refuge dans la région de l’Est, le long de la frontière centrafricaine. La plupart d’entre eux viennent de la république centrafricaine où ils sont victimes d’exactions diverses. En avril 2007 par exemple, des hommes armés sont descendus dans un village de l’Ouest de ce pays, et emporté avec eux tous les bœufs des habitants, non sans avoir laissé derrière eux plusieurs morts et des femmes violées. Aujourd’hui, le village Mobinou dans la préfecture de Nana Mambéré n’existe plus. Tous les habitants ont fui la zone, et plus personne n’habite plus dans les villages environnants.

Installés il y’a plusieurs siècles dans la région, les bergers peuls Mbororo sont les premiers à souffrir de la guerre civile qui sévit en RCA. Ils sont aussi victimes de kidnapping de tout genre. Les Zarguina (coupeurs de route), ont trouvé en ces derniers, des pourvoyeurs de richesse. Réputés fins éleveurs, de nombreuses familles ont perdus tout leur cheptel en payant les rançons demandées par les Zarguina, afin de rentrer en possession des membres de leur famille capturés. C’est la raison principale qui a poussé la trentaine de mille de Mbororo à se refugier au Cameroun, éparpillés sur la bande de la frontière centrafricaine. La plupart d’entre eux, en arrivant au Cameroun, n’ont pratiquement plus rien.

Galère

La survie, une fois arrivés au Cameroun, n’a pas été aisé pour Jaa’e, comme pour l’ensemble de ses congénères. Ils ont cherché du travail, sans en trouver. “Personne ne veut nous prendre parce que nous ne connaissons rien faire d’autre que l’élevage”, explique l’un d’eux. Or, il faut à tout prix nourrir la famille. Il aura fallu attendre plusieurs mois avant de voir arriver le Haut commissariat des réfugiés. Le HCR, et les nombreuses ONG essaient tant bien que mal de distribuer des produits de première nécessité comme le riz et le maïs. Mais, comme nous le confie un responsable du HCR, il faut agir rapidement, “car nos ressources s’épuisent et nous ne pourrons plus tenir le coup”.

L’une des difficultés des ONG présentes dans la région réside également dans la distribution des produits. Car les mbororo, arrivés par vagues se sont éparpillés dans les brousses, d’où la difficulté à les recenser. Le HCR a tout de même fait construire un centre, où de nombreux enfants sont internés chaque jour pour malnutrition. On arrive à en recenser quelques familles grâce à nos fichiers explique le Dr. Djuzo du centre thérapeutiques de nutrition de Garoua-Boulaï. Si leur sécurité est garantie par les éléments du Bataillon d’intervention rapide postés le long de la frontière, il reste que les peuls mbororo qui ne sont désormais plus bergers, vivent dans la précarité. Pour l’instant la seule activité reste l’agriculture, en attendant d’avoir une ou deux têtes de bœufs, et relancer l’élevage et le commerce du lait de vache.

David Wanedam In L`ODS

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