INTERVIEW: Mme Doumara Aissa, chargé de programme à l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes


Mme Doumara Aissa

Madame dites nous ce que fait votre association?

 

Il faut dire que l’Alvf est une association de pression qui vise à un changement de comportement par rapport à certaines pratiques qui exposent les femmes à divers dangers. Il s’agit d’éliminer toutes les formes de violences vécues par les femmes et les filles. Pour cela nous travaillons sur la problématique des mariages précoces et forcés. Notre travail s’articule autour de la conscientisation, la sensibilisation l’accompagnement et le suivi.

Pour mener ce genre de combat, il faut d’abord être près des victimes, lesquelles sont dans les sarés?

Nous travaillons en contact permanant avec nos cibles à travers un réseau dense qui s’est constitué autour des foyers dans les quartiers. C’est d’ailleurs grâce à leur dynamisme que nous parvenons à avoir des informations sur ce qui se passe dans ces quartiers.

Ces mariages précoces et forcés deviennent un facteur de sous scolarisation…

En fait, il faut s’appesantir sur les caractéristiques du mariage pour le démontrer car les filles sont retirées de l’école. Et nous avons constaté que cela se fait très souvent au mois d’Août. Les cas que nous recevons ici c’est pendant les vacances. Elles sont donc retirées et à la rentrée, on se rend compte qu’il y a des filles qui ne reviennent plus dans leur établissement. Pourquoi? Parce qu’elles ont été mariées. Celles conscientes des enjeux et qui nous ont saisi, ont trouvé un accompagnement qui leur a permis de retourner dans le système éducatif.

Parlant des violences faites aux femmes, devrait-on voir ici les seuls cas de bastonnades?

La réalité de la région de l’Extrême Nord nous montre la typologie des violences faites aux femmes. Nous recevons très souvent des cas de violences, d’abandon de femme en état de grossesse, d’abandon avec enfant à charge et de détournement de mineur. Ce qui revient à dire qu’au centre vie de femme de Maroua, les cas de bastonnade sont plutôt très rares, ou alors les filles ne viennent pas dénoncer ces cas-là. On peut donc conclure que se sont les violences beaucoup plus culturelles : les cas de mariages précoces et forcés et violences sexuelles…qui sont recensées ici.

Et quelle est la place de l’homme dans votre combat?

Ils sont nos partenaires, nous ne les mettons pas de côté car ce n’est pas une guerre entre sexe. Nous allons la main dans la main.

Peut-on dire qu’il y a des régions où ces violences sont récurrentes par rapport aux autres?

La violence est vécue dans toutes les régions. Mais une étude exploratoire nous fait dire que le Diamaré et le Logone et Chari sont à très haute prévalence en matière de mariage précoce et forcé.

Y a t-il des combats dont l’issue vous permet de tirer quelques sentiments de fierté?

 Oui, beaucoup même. Il y a le cas de cette fillette contrainte par ses parents d’aller dans un mariage et contre son gré. Par nos actions, nous avons pu convaincre les parents et aujourd’hui, elle a repris le chemin de classes. Cette année, la fille est en classe de seconde. C’est une de nos grandes fiertés parmi tant d’autres. Il y en a qui ont repris du pouvoir grâce à nous et se sont associés pour mener le combat.

Par Bruno Patchoaké

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